A Few Words For The Dead

Le contexte actuel m’amène à publier ce post. Voici un extrait du chapitre 2 dans lequel je propose cette analyse de « A Few Words For The Dead » (Radiation, 1998) :

Avec « A Few Words For The Dead », qui clôt Radiation (1998), Marillon s’aventure dans des contrées musicales inédites ; tout au moins dans sa première partie dont Mark Kelly est le maître d’œuvre. Des effets rappelant par moment « Echoes » de Pink Floyd se mêlent à une atmosphère sonore récréant le rituel d’un chaman. La montée en tension est progressive. La chanson s’ouvre avec une averse de pluie, les paroles du chaman, le son sourd de la grosse caisse de Ian Mosley (qui évoque les tambours du rituel), des chants liturgiques traversant les canaux de gauche à droite et vice versa ; puis, des claviers usant de diverses sonorités (flûtes, sitar) viennent transcender cette introduction. Steve Rothery intervient ensuite en créant deux mélodies distinctes, répétitives et envoûtantes. C’est alors à Steve Hogarth d’entrer en scène d’une voix calme. Pendant plus de six minutes, celui-ci, avec des allusions simples et provocantes, confronte l’auditeur à la problématique du conditionnement intellectuel que peut subir un individu. Si ce conditionnement est basé sur l’absence de valeurs morales, il n’a de cesse de conduire (“It carries on”) [1] à la haine et, par extension, à la négation de toute forme d’humanité.

Somewhere in history you were wronged

Teach your children to bang the drum

Tell all your family, tell all your friends

Teach your brothers to avenge

Quelque part dans l’histoire tu as été trompé

Enseigne à tes enfants à battre le tambour

Raconte tout cela à ta famille, raconte tout cela à tes amis

Enseigne la vengeance à tes frères

Toutefois, comme souvent chez Hogarth, la lumière est toujours susceptible de jaillir d’une situation obscure. Aussi, le rituel du chaman apporte la guérison souhaitée et la chanson se retourne : “Or you could love…” car ce conditionnement peut être positif et vertueux. Dans la section finale, musique et paroles à l’unisson emportent l’auditeur sur un thème plus léger qui se conclut sur un “They were happy” [2]. (…)

[1] « Cela continue. »

[2] « Ou bien tu pourrais aimer… » / « Ils étaient heureux. »

Sommaire

Préface

Chapitre 1/ Retour sur les années 1980 : Marillion, Europeans, How We Live

Rock progressif et new wave

Marillion, Europeans, How We Live

Marillion require vocalist

Marillion et Steve Hogarth : un « assemblage » paradoxal ?

Chapitre 2/ L’œuvre ou la « relation schizophrène » de Marillion avec le rock progressif

Seasons End (1989)

Holidays In Eden (1991)

Brave (1994)

Afraid Of Sunlight (1995)

This Strange Engine (1997)

Radiation (1998)

marillion.com (1999)

Anoraknophobia (2001)

Marbles (2004)

Somewhere Else (2007)

Happiness Is The Road (2008)

Sounds That Can’t Be Made (2012)

Chapitre 3/ Le mystère Marillion

Find a Better Way of Life…

Thank god for the internet

Postface

Discographie

Bibliographie indicative

Remerciements

Marillion. L’ère Hogarth

Anne-Aurore Inquimbert, Camion blanc, 2014, 222 pages

Disponible à la Fnac, sur Amazon et Camion blanc.

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Camion blanc, l’éditeur qui véhicule le rock !

Seasons End

Extrait du chapitre 2 :

Premier album de l’ère Steve Hogarth, Seasons End paraît le 25 septembre 1989. Comprenant neuf titres, cet album a été produit, enregistré et mixé par Nick Davis et Marillion. Son écoute révèle, aujourd’hui, une production datée tant la recherche de « grandeur sonore » semble avoir été l’une des principales préoccupations du producteur et des musiciens. Par ailleurs, l’album paraît très centré sur la voix (ce qui est tout de suite perceptible lorsque l’on passe de Seasons End à n’importe quel autre album postérieur). Au-delà du contexte sonore de l’époque – qui se distingue par un rendu souvent artificiel – on peut comprendre la démarche du groupe qui souhaitait mettre en valeur son nouveau chanteur. In fine, on ne s’en plaindra pas.

Cependant, imaginons quelques instants ce que les amateurs du groupe ont ressenti lorsqu’ils ont glissé ce Seasons End, tant attendu, dans leur platine. Logiquement, leur premier contact avec la voix de Steve Hogarth a eu lieu après les deux minutes de l’introduction de « The King Of Sunset Town ». Et, à ce moment-là, quelle a été leur réaction ? Surprise ? Incompréhension ? Délectation ? Le parallèle entre le nouveau et l’ancien chanteur était alors inévitable et leur opposition saisissante : deux styles chacun à l’extrémité d’un spectre, deux voix aux antipodes l’une de l’autre. Il n’en reste pas moins que Seasons End est un véritable tour de force…

Marillion. L’ère Hogarth

Lorsqu’en 1989, Marillion recrute Steve Hogarth, par le biais d’une petite annonce publiée dans les colonnes du Melody Maker, pour remplacer son charismatique chanteur Fish, l’émoi et le doute s’emparent de son public.

Qui, en effet, aurait pu croire que la carrière de Mark Kelly, Ian Mosley, Steve Rothery et Pete Trewavas avec Steve Hogarth allait donner naissance à treize albums studio (au moment où ces lignes sont écrites) et à une œuvre qui, en dépit des nombreuses difficultés rencontrées (déclin des ventes, désintérêt de la presse spécialisée, perte du soutien de l’une des majors du disque), allait s’inscrire dans une surprenante continuité thématique ?

Au-delà de sa relation étrange avec le rock progressif, la musique de Marillion, époque Hogarth, véhicule une tension et une émotion, si vives, qu’elle saisit littéralement l’auditeur qui s’y laisse entraîner.

Aussi, à travers l’analyse des douze albums studio originaux enregistrés par le groupe entre 1989 et 2012, c’est le tréfonds de cette œuvre, qui n’est autre qu’un cheminement philosophique, que ce livre se propose de mettre en lumière.

Photographie de couverture : Steve Hogarth (Wolverhampton, 2013) par Peter Guyan. Photographies intérieures par Laurent Franchi.

Parution novembre 2014

http://www.camionblanc.com